Bio-inspiration pour leader. Avoir conscience de son corps, à quoi ça sert ? et dans le travail ?
Le corps nous aide à percevoir le monde.
La reconnaissance de toute chose est inséparable des actions motrices du corps. L’article de Christian Wolf « J’ai un corps donc je pense », paru dans Cerveau&Psycho en juillet 2019 illustre bien ce propos :
« En fait, les cellules grises auraient toutes les peines du monde, si elles étaient livrées à elles-mêmes, à créer des perceptions conscientes comme celle d’une prairie, ou à interpréter correctement des informations visuelles. Tout simplement parce que l’expérience visuelle est liée dès le départ – dès qu’un être vivant voit les premiers rayons de lumière dans le monde – à l’activité motrice. »
Le psychiatre Thomas Fuchs donne un autre exemple avec la vue d’outils qui est liée aux impulsions du cortex prémoteur (qui organise le mouvement). Quand je vois une pince, cela évoque automatiquement des mouvements potentiels réalisables avec l’outil : la perception est liée au corps, ses mouvements, et ce, dès le départ des signaux.
Le corps tout entier capte des informations qui nous sont indispensables dans le quotidien. Prenons l’exemple des muscles : Le système nerveux central commande les actions des muscles (réflexes, ou intentionnelles), mais les muscles lui adressent en retour des informations essentielles : ils contiennent des capteurs qui perçoivent la longueur et ses variations.
Le cerveau reçoit donc des messages adressés par les muscles ; Il se structure tout au long de la vie grâce à la perception du corps, des sens, grâce à l’activité sensorielle déclenchée par les commandes motrices. (Jean-Pierre ROLL, « pour la science » n°39).
Mieux encore, le corps trouve lui-même ses solutions :
Les recherches sur l’activation neurocognitive démontrent une anticipation de l’activité du corps par rapport à la perception consciente (Wright, Bishop, Jackson & Abernethy, 2011). Le traitement des informations perçues en dessous du seuil de conscience est désormais mesurable :
Entre autres, les mouvements du corps qui s’activent pour restaurer l’équilibre, réagir à un changement, ou éviter un obstacle, sont inconscients et plus rapides que la prise de conscience elle-même. Ledoux a démontré que les émotions primaires, entre 80 ms et 180 millisecondes, produisent une réponse motrice plus rapide que celles qui sont corticalisées. Le corps trouve donc lui-même ses solutions, avant la conscience.
Ainsi, le corps contribue à la perception (consciemment ou non) de soi, de notre environnement… Il trouve lui-même et rapidement ses solutions… Peut-être serait-il intéressant de le laisser s’exprimer ?
Le corps nous aide d’autant plus qu’il peut bouger. Leader bio-inspiré®.
Déjà en 1754, l’Abbé Étienne Bonnot de Condillac, dans son Traité des Sensations, proposait de doter une statue des cinq sens afin qu’elle accède à la connaissance. La statue ne pouvait cependant pas apprendre à voir avec des yeux immobiles, ni à toucher avec ses mains fixes. Elle n’aurait pu accéder à ces découvertes que si elle avait été capable de mouvements.
Cette parabole nous rappelle que ces cinq sens ne peuvent assurer la perception d’informations sur nous-même et l’environnement que dans un corps qui bouge. La proprioception est-elle alors notre 6e sens ?
Au sens étymologique, exister signifie « sortir de » : Discerner les limites de notre être, par rapport aux autres, à notre environnement. La proprioception nous permet d’exister, parce qu’elle crée cette frontière entre ce que nous sommes, et l’espace autour de nous. Elle développe la conscience de soi et de soi dans l’environnement.
L’excellent documentaire ARTE sur la proprioception « Notre véritable 6e sens » rappelle cela parfaitement : « À l’heure où nos corps sont de moins en moins sollicités, souvent rendus passifs par des activités sédentaires, profiter de notre proprioception, savoir l’écouter nous apporterait beaucoup : dans la conscience, non seulement de nous-même, mais aussi dans notre manière d’interagir avec les autres, et plus largement avec le monde. »
… Quid de l’impact des confinements sur la santé physique et mentale… Peut-être sera-t-il intéressant de décoder les messages biologiques que le corps nous envoie ?
Ecouter les indicateurs corporels permet de mieux s’adapter. Bio-inspiration pour leaders :
Ecouter son corps autant que l’on écoute son esprit… Quel beau challenge dans une culture qui met la pensée sur un piédestal. La dissociation tête-corps est malheureusement devenue monnaie courante ces dernières années :
Honnêtement, ne vous est-il jamais arrivé de vivre une période de travail acharné, où vous enchainez les réunions et oubliez quelque peu de prendre soin de vous, de votre corps… Une période pendant laquelle votre corps vous a uniquement servi à emmener votre tête en salle de réunion ? 😉 (RIP Sir Ken Robinson).
Pourtant, écouter son corps permet de détecter certains indicateurs de stress, de fatigue, d’inconfort. Ces indicateurs sont propres à chacun : accélération du débit de paroles, transpiration excessive, changement de posture, etc.
Cette identification est ensuite le point de départ de l’accueil et de l’acceptation du contexte particulier qui génère le négatif (ou le positif !)… avant l’adaptation. La conscience de son corps et l’écoute de celui-ci constituent donc un temps d’arrêt indispensable avant réponse. Sans considération des indicateurs corporels, les interactions avec l’Autre ne sont que des réactions… Peu constructives.
L’éléphant se perçoit lui, perçoit l’environnement et le but visé, et analyse avant de décider de quitter le tapis pour mieux transmettre le bâton… Bio-inspiration pour leader n°1. 🐘
Bio-inspiration pour leader. Comment développer sa conscience corporelle ?
Nous ne sommes pas tous égaux quant à l’accès à la conscience du corps. Voici quelques pistes cependant :
Que faire pour me reconnecter à mon corps ?
- L’activité physique : Sport, danse, marche, Yoga, Pilates… du mouvement régulier, même en télétravail.
- La cohérence cardiaque : Des applications peuvent vous aider à réguler votre stress.
- Le contact avec la Terre : Marcher pieds-nus le plus souvent possible.
- La nature : Se balader et se concentrer sur le ressenti des éléments (vent, pluie, soleil).
- L’équilibre : Marcher en reculant ou les yeux fermés pour aiguiser les sens.
- Le bien-être : Massages, bains, rire et sourire.
J’ai déjà essayé, en vain, comment faire différemment ?
- Testez ces expériences en famille ou entre amis. L’Homme est un animal social…
- Mettez en place des rituels (au réveil ou à la pause déjeuner).
- Expérimentez différents formats de méditation : active, pleine conscience, sonore ou guidée.
- Se faire accompagner par un professionnel, notamment via l’approche ActionTypes®, afin de faire le lien entre les préférences motrices et psychologiques.
- Découvrez nos solutions de coaching individuel pour avancer concrètement.
Alors, avant de vous lancer dans votre prochaine semaine effrénée, pensez à l’éléphant : il vous permettra peut-être de revoir certaines priorités et ainsi avancer… vers le leadership de soi dans un premier temps ! 🚀
Edwige RETIERE
Sources :
